Revue et theses

CAHIERS DES ARTS ET TRADITIONS POPULAIRES revue du centre des arts et traditions populaires

 


 

Le système politique tourne autour de la distinction qui existe entre les «laïcs » (la grande majorité) et les « saints ». Les deux catégories dépendent du même type d’économie domestique, vivent (abstraction faite de la transhumance) dans des hameaux ; mais pour le reste diffèrent complètement.
Les «laïcs » forment un grand nombre de tribus segmentées d’après la descendance patrilinéaire. La connaissance qu’ont les «laïcs » de leur généalogie ne remonte pas loin dans le passe, et est très schématique. Avant que les Français n’imposent leur domination effective dans cette région (1933), les segments aux divers échelons maintenaient 1’équilibre entre eux par : la lutte armée et la menace d’y recourir, la vendetta, un système d’élection des chefs (a trois échelons) se distinguant par la rotation de la chefferie entre les différents segments, et le recours aux « anciens» désignés par les chefs. En outre, il existait aussi des moyens non violents (les seuls ayant persiste après la pacification) pour régler les conflits : 1’arbitrage des marabouts vivants, et les serments collectifs auprès des sanctuaires (dont les plus importants, associes a des marabouts décédés, sont situe"s a proximité des centres de marabouts vivants).

 
 
 
 
 

La société laïque donne 1’image d’une égalité rigoureuse : la segmentarité n’y est croisée par aucun autre principe structural important (tel le mode de relations patron-client, ou une stratification élaborée). L’accès aux ressources naturelles et les alliances politiques dépendent en premier lieu des positions structurales dans le système segmentaire. Par rapport aux laïcs la catégorie des marabouts vivants se définit par sa descendance patrilinéaire remontant a un marabout local ayant vécu vers 1400. II existe un status bien défini du charisme des marabouts (agurram), impliquant : la possession de la baraka (force surnaturelle considérable, d’un effet bienfaisant en général), la connaissance détaillée et remontant loin dans le temps de sa propre généalogie, la non-violence, le rôle d’arbitre joue lors des conflits opposant des groupes de laïcs, de même qu’un rôle dirigeant dans élection des chefs de laïcs. Notons encore le fait de recevoir régulièrement des offrandes de la part des laïcs, un style de vie aristocratique se manifestant par les marques d’une grande prospérité, I’hospitalité, une habitation d’un type particulier, un grand entourage de clients (parmi lesquels des esclaves noirs), et 1’aversion des marabouts

 
 
 
 
 
 

pour le mariage de leurs femmes avec des laïcs. Les marabouts sont aussi considérés (a tort) par les habitants locaux comme des experts en droit musulman. II existe de grandes différences entre les lignées saintes dans la mesure où leurs membres parviennent a atteindre le status de charisme et a le conserver. Dans la lutte séculaire pour la possession de ce status, la plus grande partie des lignées saintes a été écartée, «laïcisée». Les perdants pouvaient, dans certains cas, s’installer ailleurs comme marabouts, mais le plus souvent ils devaient abdiquer leur charisme, et devenaient a leur tour clients d’un marabout effectif; ou bien ils fondaient des hameaux plus ou moins similaires a ceux des laïcs avec lesquels ils s’intégraient par les alliances, la vendetta et les manages.

 
 
 

Une grande partie du livre de GELLNER est consacrée a 1’inventaire de ces modifications des lignées saintes.
La compétition pour le charisme est surtout vive a 1’intérieur d’une même lignée sainte.

 
 
 
 

Plus la distance généalogique se fait petite, plus la concurrence devient acharnée. D’ou 1’impossibilité de décrire la distribution du charisme et les relations entre lignées saintes selon un modèle segmentaire (p. 273).

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Les lignées saintes vivent dispersées parmi les laïcs. Les centres (zawiya) des marabouts effectifs sont installes dans des endroits ayant une fonction stratégique dans 1’écologie des régions montagneuses : terrains indéfendables, lieux de frictions entre les montagnards et les habitants des plaines (a cause de la transhumance). Chaque centre maraboutique se situe a proximité d’un sanctuaire important. On constate une stratification très rigoureuse dans les
hameaux maraboutiques ; ils comprennent : les marabouts effectifs, leurs clients et des laïcs indépendants. Les lignées saintes ont aussi leurs chefs élus et leurs anciens ; mais ces fonctions ne sont pas occupées par les marabouts les plus importants.Par leur position en dehors du système segmentaire des laïcs, leur pacifisme, leur
hospitalité, leur connaissance supposée de la loi et leur inviolabilité garantie aussi bien par les sanctions surnaturelles dont ils disposent que par la protection des laïcs associés à eux, les marabouts peuvent jouer un rôle sociopolitique important. Ils protègent les réfugiés (dans les cas de vengeance du sang) et les commerçants. Lors des élections annuelles et 1’arbitrage des conflits, ils fournissent les lieux de réunion ; de même qu’ils se chargent de la préparation et de la supervision des réunions, contribuant ainsi dans une large mesure a leur résultat.
En cas d’échec de 1’arbitrage des marabouts vivants, les laïcs ont alors recours au serment collectif.
L’arbitrage d’un cote, les offrandes et la protection de 1’autre, créent des relations permanentes entre les groupes de laïcs et les centres maraboutiques. Des lors la société laïque peut fonctionner suivant le modèle segmentaire parce que les services rendus par les marabouts remédient aux carences inhérentes a la segmentarité ; au-dessus de la dispersion extrême, les marabouts établissent des liaisons, et rendent possible la régulation des conflits.

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Dans ce qui précède nous avons expose la ligne générale de la thèse de GELLNER. L’auteur y associe quelques observations intéressantes, comme son schéma des rapports entre les notions d’« Arabe » et de « Berbère », et entre le pouvoir central et la société tribale au Maroc. II nous présente les marabouts comme des médiateurs entre les coutumes locales et 1’Islam universaliste ; ce qui lui permet d’interpréter les mythes locaux. GELLNER nous donne aussi un aperçu de ces aspects de la religion locale qui ne sont pas directement lies aux marabouts vivants.
De même qu’il traite de la colonisation et des développements modernes dans la région. II est le premier a nous donner une analyse pénétrante de. la base du droit berbère : le serment collectif. Sa critique des autres ethnographes est aussi importante. Enfin, il confronte la structure qu’il décrit dans le Haut-Atlas central avec la théorie politique et 1’histoire politique. « Saints of the Atlas » contient de nombreuses idées bien développées, ce qui en fait une contribution importante a notre connaissance du Maghreb. Je voudrais maintenant préciser que
ma critique ne porte nullement atteinte a 1’admiration que je ressens pour le livre.

 


 

III.

 

Mon objection principale est que la thèse telle qu’elle est présentée par GELLNER offre

 

en de nombreux points une description trop abstraite, trop généralisée. Les cas précis qui

 

montrent la pratique de l’interaction font défaut ; de même qu’une analyse quantitative

 

détaillée. Souvent, on se demande si on a affaire a une analyse concluante d’un matériel

 

empirique convaincant, ou simplement a une spéculation intelligente sur ce qui s’accorderait

 

le mieux avec les faits. Ainsi GELLNER parle longuement de la rivalité entre les marabouts et

 

des stratégies qu’ils utilisent pour garder leur pouvoir sur les laïcs (leur charisme) ; mais

 

ses observations ne sont pas soutenues par une description analytique de la conduite de

 

certains marabouts. On cherche en vain un expose des méthodes de recherches utilisées par

 

1’auteur. II indique bien a quel moment il était sur le terrain, ou (sans toutefois présenter de

 

carte détaillée), et avec qui il a eu des contacts ; mais il ne dit rien sur ce qu’il a fait.<br>

 

IV.<br>

 

GELLNER a commence ses recherches sur le terrain en 1954, au temps glorieux du

 

modèle de lignage segmentaire tel qu’il était développé depuis 1940 dans l’anthropologie

 

britannique (p. ex. EVANS-PRITCHARD 1940; FORTES 1945, 1953). Dans les quinze ans qui se

 

sont écoules jusqu’à la publication de « Saints of the Atlas », de nombreuses critiques ont

 

été formulées centre ce modèle, et la discussion n’est pas encore terminée. C’est

 

pourquoi il est regrettable que GELLNER base sa thèse sur la théorie classique de la

 

segmentarité (qu’il reformule brillamment, p. 35) sans se donner la peine de défendre

 

cette théorie a la lumière d’une littérature plus récente.<br>

 

Je doute que la segmentarité basée sur la descendance patrilinéaire soit un modèle

 

adéquat pour la société laïque dans le Haut-Atlas central (cf. PETERS 1967).

 

En fait GELLNER est beaucoup mieux informe sur la société maraboutique (ou il a

 

pratiquement fait toutes ses recherches, p. 303) que sur la société des laïcs. D’où

 

peut-être son recours, pour la société laïque, a un modèle tout prêt (celui des lignages

 

segmentaires) offrant l’avantage de présenter des contrastes commodes par rapport a la

 

société maraboutique, mais s’accordant mal avec la réalité empirique.<br>

 

Pour d’autres sociétés (p. ex. la population sédentaire des chaînes Est de l’Atlas), on

 

démontre que la segmentarité après la descendance unilinéaire n’est qu’une façon

 

défectueuse de la part des habitants pour designer un mode d’organisation segmentaire

 

base sur des considérations territoriales (BINSBERGEN 1970 et en préparation).

 

Toutefois ce point de vue ne s’applique pas complètement au cas des semi-nomades

 

de l’Atlas central : des membres de clans éloignés géographiquement peuvent rester lies

 

par des alliances et des droits territoriaux. Mais on rencontre aussi dans l’Atlas central

 

des clans peu disperses, et des clans disperses ayant perdu leur cohésion ; dans ces cas

 

un modèle de segmentarité territoriale est bien applicable. Certaines manifestations de la

 

société laïque sont mieux explicables par le modèle de segmentarité territoriale que par

 


 

le modèle lignager. Les exemples cites par GELLNER sur le déroulement des élections (p.

 

100, 222) concernent des groupes qui ne sont pas définis par leur généalogie (fictive ou non),

 

mais par des critères territoriaux. En outre, ce n’est pas la ligne mais le hameau (dont la

 

composition généalogique offre constamment une diversité lignatique, p. 62) qui

 

apparaît comme l’unité corporative par excellence dans certains cas de paiement (mariage,

 

adultère, fratricide, p. 116) et dans le cas des relations permanentes avec les sanctuaires et

 

les mosquées (p. 223, 282). Enfin, le facteur écologique dans la distribution des centres

 

maraboutiques suggère que ce n’est pas la descendance unilinéaire, mais la distance

 

géographique qui est déterminants dans les relations des groupes laïcs avec certains

 

marabouts (cf. p. 109).<br>

 

Parfois, GELLNER signale que le modèle de segmentarité lignagère, même dans le cas

 

des laïcs, n’est pas toujours satisfaisant ; et il consacre alors son attention au facteur territorial.

 

Mais le modèle de segmentarité lignagère reste quand même le fil conducteur de

 

sa thèse.<br>

 

J. FAVRET s’est aussi penchée sur le même problème (1966 p. 108 ; 1968 p. 20),

 

rejetant avec des arguments peu convaincants la territorialité et optant pour la filiation

 

unilinéaire comme principe de la segmentarité dans la société maghrébine.

 

Il me reste encore une objection plus fondamentale. La segmentarité dans la société

 

laïque est bien croisée par d’autres principes structuraux : 1’inégalité sociale et la manipulation

 

des réseaux centres sur Ego. La société laïque n’est pas aussi égalitaire que GELLNER le

 

prétend. Les différences matérielles y sont importantes : les plus pauvres ne peuvent pas

 

participer aux serments collectifs. De plus il est étonnant de constater que GELLNER, traitant

 

d’une société berbère, ne prête aucune attention au rôle de 1’honneur dans inégalité sociale

 

(BOURDIEU 1966 ; JONGMANS 1968).<br>

 

Tous les membres de la tribu n’avaient probablement pas la même chance de devenir

 

chef ou ancien ; 1’honneur et la richesse n’étaient-ils pas ici des variables importantes ?

 

Enfin, il est évident que dans les serments collectifs (en cas de vol, de viol, ou de meurtre)

 

le recrutement des co-jureurs ne suit pas strictement le principe agnatique : les co-jureurs

 

d’Ego ne sont pas toujours ses agnats proches, mais peuvent aussi être lies a lui par un

 

rituel. « Within Berber villages, there is in fact a good deal of jockeying for position and

 

changing of oath-alliances (...). A self-reallocation does not appear to be too difficult, even

 

for notorious trouble-makers, and has on its side and belief that one should not, or even

 

could not, refuse one who has « sacrificed to one » (p. 120).<br>

 

Sauf lorsqu’il s’agit d’intérêts collectifs (ex. pâturages), GELLNER se trompe quand

 

il affirme que le serment collectif « vise a renforcer (...) le sens de la solidarité agnatique,

 

suivant le principe «mon clan, bien ou mal ! » (p. 113).<br>

 

Une analyse plus profonde de inégalité sociale dans la société laïque nous aide a

 

mieux comprendre la société maraboutique. Les différences de situation matérielle

 

n’auraient-elles pas la même signification dans les deux camps ? Par ailleurs, certains

 

laïcs aussi peuvent arbitrer des conflits (p. 134) et superviser les serments et les élections.

 

Quels sont donc les attributs sociaux qui confèrent ce pouvoir aux laïcs ? Y a-t-il une

 

relation entre 1’honneur chez les laïcs et la baraka chez les marabouts ? Dans l’est de

 

1’Atlas cette

 


 

relation est indéniable et nous donne une clé pour 1’interprétation des conceptions et des

 

activités religieuses a la lumière de 1’analyse de 1’interaction entre les hommes

 

(BINSBERGEN, 1971).<br>

 

V.<br>

 

<< Saints of the Atlas » est en premier lieu un livre sur la structure sociale et politique.

 

La religion n’y a sa place que dans la mesure ou les saints sont définis dans un contexte

 

religieux. Le but principal de GELLNER était pas la description des conceptions et des

 

activités religieuses dans le Haut-Atlas central. Aussi nous ne pouvons lui reprocher de

 

nous donner peu d’informations sur les autres aspects importants de la religion : culte

 

des sanctuaires locaux (associes ou non a des marabouts décédés), magie, culte des esprits,

 

phénomènes extatiques, confréries religieuses et enfin 1’orthodoxie islamique.

 

Néanmoins, ce livre est très important pour notre connaissance de la religion au

 

Maghreb. Après des dizaines années de recherches par les historiens, les philologues, et

 

les officiers coloniaux, GELLNER est le premier a nous donner une analyse détaillée de la

 

signification sociale et politique des saints au Maghreb, en partant de la science sociale

 

moderne. (HAGOPIAN a fait une tentative dans la même direction (1964), mais s’étant

 

uniquement basée sur une étude de la littérature, elle a repris a son compte beaucoup

 

d’erreurs faites par de vieux auteurs).<br>

 

L’approche de GELLNER nous montre certains problèmes déjà connus, sous un jour

 

nouveau, comme la rivalité entre les marabouts (sujet de nombreuses légendes

 

maghrébines), le développement des centres maraboutiques, la création de nouveaux

 

centres a partir de centres déjà existants. La réinterprétation de la littérature abondante

 

sur ce sujet (mais qualitativement faible) a 1’aide de « Saints of the Atlas » est de nature a

 

enrichir notre connaissance de la religion maghrébine. Cependant 1’approche de GELLNER

 

suscite la critique en deux points.<br>

 

Premièrement sa typologie des phénomènes religieux. Non seulement

 

INTERPRÉTATION établit la différence entre la religion citadine lettrée et la religion rurale

 

illettrée, mais il y associe (a 1’instar de Max WEBER) un certain nombre de caractéristiques

 

(attitudes) : puritanisme, monothéisme sévère, minimisation de la hiérarchie, rejet de la

 

médiation, tendance a la modération, et accent sur les règles plutôt que sur les états

 

émotionnels. La religion citadine (au Maghreb) montrerait ces caractéristiques, alors que

 

la religion rurale tendrait vers le contraire.<br>

 

Ainsi que GELLNER 1’admet, ceci est une simplification grossière : en ville comme a

 

la campagne on rencontre un mélange des deux types. Plus important encore, est le fait

 

que la bipartition ne tient pas compte de la nature multidimensionnelle de la typologie.

 

Avant de pouvoir grouper un certain nombre d’attitudes a 1’intérieur d’un seul type, il

 

faudrait d’abord analyser leurs manifestations ethnographiques (ce que GELLNER délaisse)

 

et procéder a étude empirique de leurs rapports (ce qu’il délaisse aussi).

 

Le conflit décrit entre deux centres maraboutiques (p. 247) fait ressortir que quelques

 

caractéristiques au moins (puritanisme, modération) suscitent des variations a intérieur

 

même de la religion rurale, indépendamment de 1’opposition citadin/rural. On pourrait

 

probablement de"montrer la même chose avec les autres caractéristiques.

 


 

L’enquête que j’ai menée fait apparaître que les caractéristiques de GELLNER, a intérieur

 

de la religion rurale, sont mesurables sur un nombre égal de dimensions sur lesquelles les

 

conceptions religieuses oscillent suivant la personne et suivant le moment (BINSBERGEN

 

1971). Si GELLNER avait confronté^ sa typologie plus en détail avec des faits ethnographiques

 

et historiques, il en aurait remarqué le caractère non applicable. Mais il ne 1’a pas fait ; il

 

a même répète son point de vue ailleurs, et toujours de la même façon (GELLNER 1968).

 

Par ailleurs, GELLNER sous-estime le facteur spécifiquement religieux dans son analyse

 

de 1’Atlas central. A ce sujet, le passage suivant est significatif : « Finally, of course, there

 

are the more « purely » religious or transcendental services offered by the saints. I have

 

left this to the end not because it is unimportant, but because it is something not specific to

 

Atlas saints, not as far as I can see specifically connected with the local social structure. It

 

is something which could perhaps be supplied by others, and therefore it cannot easily be

 

invoked to explain such importance as the saints possessed » (p. 138).<br>

 

GELLNER peut détacher la fonction sociopolitique des marabouts de leur status religieux,

 

parce qu’il formule le contraste entre la société maraboutique et la société laïque en termes

 

 

Commentaires (1)

1. brahim abdelwahed 29/03/2012

bon travail sur serghine..

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